Linda Naeff

L’énigme Linda Naeff

L’œuvre de Linda Naeff est foisonnante. Elle comprend des peintures sur papier, sur toile, sur bois ainsi que sur des supports de récupération ; des sculptures en argile, des assemblages, des livres, des écritures… et la liste est loin d’être exhaustive.La présente exposition nous offre la possibilité de saisir un vaste ensemble de sa production, une occasion rare puisque l’œuvre de Linda Naeff est victime de sa prodigieuse abondance : les centaines de pièces qui la composent se trouvent entassées dans son logement, dans lequel on peut à peine entrer et circuler. Elles sont partout, à l’entrée, dans le salon, dans la cuisine, dans la chambre à coucher, et même sur une moitié du lit. Soigneusement emballés dans du plastique, ces tas hétéroclites habitent l’appartement du Boulevard Carl Vogt davantage que sa locataire, colmatant tous les espaces comme une contribution nécessaire et structurelle à sa tenue. Lorsque nous essayons d’approcher l’ensemble du travail de Linda Naeff nous sommes donc confrontés à un véritable dilemme : ces œuvres apparemment disponibles en quantité sont en effet inaccessibles au regard, et on peut difficilement les saisir sans que tout s’écroule.
Ce paradoxe reflète l’ambivalence que Linda Naeff entretient avec son œuvre, qui représente l’abysse de son univers intérieur. Elle en est liée au point d’en percevoir la séparation comme une amputation physique. Si elle doit se priver d’une pièce pour l’exposer ou pour la vendre, elle en refait immédiatement une autre équivalente.
On dirait dès lors que ces créations représentent une sorte de support structurel autant de son logement que de son propre corps.
D’autre part, les messages calligraphiques qui entourent les figures peints expriment l’envie de Linda de communiquer avec les gens, de transmettre aux lecteurs ses pensées autour de la vie et de la mort. Malgré son lourd bagage personnel, cette vieille dame anarchique et rebelle est toujours restée attentive aux autres et aux événements de l’Histoire et de la société. Cette ambiguïté qui représente la force et la fragilité de Linda Naeff nous la rend particulièrement attachante. Elle en fait aussi une artiste foncièrement inclassable. Néanmoins, l’urgence de la création que l’on perçoit dans son œuvre nous amène à l’approcher aux auteurs chers à Jean Dubuffet.

Le peintre français à l’origine de la notion et de la collection d’Art Brut, et Michel Thévoz, premier directeur du musée de Lausanne, ont été confrontés à ces créateurs ni tout à fait « brut », ni tout à fait dans le « culturel », et ils ont créé dans les années 80 une collection annexe appelée « Neuve Invention », sorte de pôle intermédiaire entre ces deux extrêmes. Dans ce contexte, l’œuvre de Linda Naeff est aujourd’hui en bonne compagnie.
Un autre facteur rattache Linda à ces artistes : la découverte tardive de la voie créative, manifestée à l’âge de 60 ans. Pour elle, la création est comparable à l’éruption d’un volcan qui avait longtemps couvé ses braises, ou à la rupture des vannes qui transforment soudainement en crue une paisible rivière.
En effet, les thématiques que Linda Naeff aborde dans la peinture et les autres techniques, nous conduisent à son enfance brisée, à sa jeunesse abusée, à l’injustice dont elle a été longtemps une victime silencieuse. Si elle a su se redresser et mener par la suite une vie plus sereine, la cruauté explicite des images témoigne de l’agitation encore tumultueuse de son passé un demi-siècle plus tard. Les personnages, les ambiances, les mises en scène présentes dans ses peintures choquent sans détour notre sensibilité ; toutefois, il ne s’agit pas d’un simple goût pour la provocation, mais d’une émergence nécessaire.
D’autre part, cette artiste révoltée nous invite à célébrer avec elle la puissance et le plaisir de la création à travers le choix de supports inusuels et surprenants, de gammes chromatiques clinquantes et festives. On se laisse alors volontiers envoûter par son univers contrasté, où l’évocation du mal, sa dénonciation et le discours moral trouvent enfin leur liberté d’expression dans une forme qui les contient. / Teresa Maranzano (Historienne de l'art)

Autour de

l’exposition

Ouverture

11 janvier
→   9 février 2014

Événements

Présentation performée et lectures

autour des publications de l’Atlas (2026) et du Reader (2025) Revolving Histories on translocal performance art Switzerland par Lena Eriksson, Sabine Gebhardt Fink, Chris Regn, Dorothea Rust, Andrea Saemann et Margarit von Büren.
En conversation avec Marie-Eve Knoerle

Entrée libre

sa 28 mars
17 h 17 h 30

Au printemps 2026, les éditions Vexer Verlag (St. Gallen/Berlin) publient, après le Lesebuch, le deuxième volume de Revolving Histories: l’Atlas sur l'art performance translocal en Suisse. Le volume rassemble 14 textes issus de recherches approfondies et de travaux de terrain menés dans les centres urbains et les régions rurales, de Bâle au Val Müstair et de la Suisse orientale au lac Léman. Des auteurs·trices, artistes et conservateurs·trices retracent des « paysages de performance », racontent des scènes, des espaces d'événements, des festivals et des artistes qui ont marqué l'art performance en Suisse depuis les années 1960 jusqu'à nos jours. Plusieurs séries de photographies avec plus de 300 documents tirés du catalogue pour Collections Art Performance Suisse, ainsi qu'un glossaire du vocabulaire de la pratique de la performance, font de cet atlas un ouvrage de référence complet pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus sur l'art performance et ouvrir de nouvelles perspectives.

Joy is something serious

Performance de Chris Regn

Entrée libre

sa 28 mars
17 h 30 17 h 45

Chris Regn (ou Helga Broll) fait partie de l’équipe de Revolving Histories avec Lena Eriksson, Sabine Gebhardt Fink, Muda Mathis, Dorothea Rust, Andrea Saemann et Margarit von Büren. En écho aux activités menées dans le cadre de l’exposition BANG BANG – histoire:s translocale:s de la performance au Musée Tinguely (2022), elle propose un dialogue avec le travail de Niki de Saint Phalle et une relecture de ses revendications sous la forme d’un clip vidéo commenté.

La part du Gâteau

Performance de Sabrina Smaili

Entrée libre

sa 28 mars
17 h 45 18 h 15

Dans un dispositif de tableau vivant, La part du Gâteau propose un langage visuel et corporel où les couleurs deviennent un outil narratif : gris pour évoquer la neutralité, l’industrie ou l’indifférence, et vert pour une vie rêvée tout en instabilité. L’artiste explore la beauté, l’ambiguïté et la violence latente d’un paysage à la fois naturel, social et intime. Au centre, l’image du gâteau ajoute une dimension festive qui dérive sur des enjeux de compétition et d’accès à la réussite.

Duet part II

Performance de Juliette Uzor

Entrée libre

sa 28 mars
18 h 15 18 h 45

La série de performances Duet met en perspective le corps en tant qu’espace politique, en questionnant ses limites et ses capacités tel un instrument pluriel. Dans Duet part II, un léger tumulte se produit, des gestes familiers émergent, traversés par une danse faite de flexions, de déséquilibres et de tentatives d’équilibre. La pièce explore les rythmes d’une réalité nouvelle et met en tension les attentes de l’artiste, ainsi que celles projetées par les autres, autour de la maternité.

résonances

Performance de Heike Fiedler

Entrée libre

sa 28 mars
19 h 15 20 h

Le fil rouge de la performance repose sur l’infini des possibles
qui surgit dans l’entre deux, oralité et écriture. Les paroles
d’artistes récoltées durant les entretiens filmés de Revolving Histories, transcrites pour la publication Atlas, désormais imprimées, sont retransposées dans leur dimension d’énonciation. Exploration des voix et du caractère éphémère de la parole, moment de choeur improvisé, des résonances auxquelles s’ajoute la présence du sable en écho à l’histoire de l’artiste.

Bestiario

Performance de Maria Fernanda Ordoñez

Entrée libre

sa 28 mars
20 h 20 h 30

À l’aide d’un bestiaire de marionnettes qu’elle conçoit comme des présences autonomes, avec leur propre narratif, l’artiste déploie un récit composé de questions et de doutes par rapport à notre monde en crise, qui juxtapose des registres poétiques et comiques. L’ensemble des personnages, mis en scène dans un dispositif de castelet, révèle des dimensions fantasmagoriques et mystiques. Les voix se manifestent en polyphonie avec leurs sonorités spécifiques, s’incarnent ou demeurent spectrales.

Behind the words

Performance de Judith Huber

Entrée libre

sa 28 mars
20 h 30 21 h

L’artiste travaille avec du papier fin en rouleau, en amont de toute inscription. Avec une attention méditative, elle en révèle les mouvements les plus infimes : elle compresse, secoue, soulève, fait pivoter, plie et froisse le papier. Chaque geste produit une réponse, des sons naissent qui dessinent une partition minimale, entre présence et absence, action et équilibre, bruit, silence et immobilité. Un dialogue avec le matériau qui crée sa propre existence sculpturale.

Expositions

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