TROPES, Sarah Margnetti, Charlotte Herzig

Énigmatiques, les peintures murales de Sarah Margnetti créent un espace fictif, qui ressemble à un trompe-l’œil tout en s’appuyant sur l’imprécision maîtrisée du rendu afin de casser cette illusion. Bois ou tentures recouvrent les surfaces en alternance, comme des motifs simulant les veinures ligneuses ou les drapés, avec le même souci de stylisation qui rappelle doublement leur nature factice: le décor et le faux. Seuls personnages de cet environnement scénique, des fragments de corps monumentalisés semblent émerger des planches ou de derrière un rideau. Nez, oreilles, mains ou têtes sont traités de manière identique, en aplats soulignés d’ombres contrastées, dans un jaune ocre qui accentue l’essence artificielle de ces morceaux choisis. Sarah Margnetti porte un regard aigu sur le thème de la représentation et en décortique les différentes facettes. Elle interroge les formes et les matières, l’espace et le volume, la réalité et la fiction, mais aussi la danse et la performance, l’apparence et la vanité. Tous ces éléments contribuent à déterminer un lieu où une action performative pourrait se produire – ou s’y est déjà déroulée –, tout en représentant iconographiquement cette action, comme une mise en abîme.

Telle une imbrication de mondes parallèles, l’univers pictural de Charlotte Herzig se compose d’un vocabulaire de formes, que l’artiste combine d’une toile à l’autre, et de strates translucides superposées. Ces surfaces se dévoilent progressivement au regard, libérant des éléments géométriques ou végétaux, des aplats de couleurs et transparences qui s’entremêlent dans des compositions aussi vertigineuses que vibratoires. Le regard se perd dans ce foisonnement de feuillages et d’abstraction; et quand il tente de s’y enfoncer, il est immédiatement capturé par les éléments qui semblent flotter en surface. La peinture de Charlotte Herzig est jouissive par son éclatement, la subtilité des glacis, sa luminosité, mais aussi intrigante par sa structure qui rappelle le collage. La toile peine parfois à retenir la main de l’artiste, et la couleur s’épanche alors au-delà, sur les murs. Par ce passage d’une surface à l’autre, la peinture se dilue, devient aquarelle, et les silhouettes s’étirent. La peinture apprivoise les aspérités des parois, leurs imperfections, anime leur mémoire, et élargit son propre territoire.
Pour cette exposition, les deux plasticiennes, qui se connaissent depuis plusieurs années sans avoir pourtant jamais collaboré au même projet, ont décidé d’intervenir directement sur les murs et à quatre mains. Cet espace pictural est à la fois conçu comme une exposition et comme le cadre d’une activation performative. Ainsi, organisé par le Collectif Détente, et inscrit dans le festival ANTIGEL, l’événement intitulé TELL ME invite Old Masters, Léa Meier, Julia Perazzini et Anaïs Wenger à se produire dans cet environnement, le temps d’une soirée; un spectacle qui va à la rencontre de la peinture, pour décrypter et défier les rapports entre identité, discours et création artistique.

 

Exposition du 12 janvier au 24 février 2019
Vernissage le samedi 12 janvier de 14h à 18h

Horaires d’ouverture: du mardi au dimanche de 14h à 18h

Rendez-vous :
Rencontre avec l’art contemporain – conférence d’histoire de l’art (en collaboration avec VIVA), vendredi 18 janvier à 14h

TELL ME, soirée de perfomances organisée par le collectif Détente, avec Old Masters, Léa Meier, Julia Perazzini et Anaïs Wenger, en partenariat avec le Festival Antigel, jeudi 21 février dès 19h

Visites pour les groupes scolaires et tout public sur inscription.